Le mardi 24 juin 2008
Opération QuebrantahuesosL’année dernière on avait encore du mal à prononcer son nom... Qué branta tchosse, Qué branchos, Quétchos... Et puis Didi et José sont revenus les yeux pétillants de leur voyage sur cette étoile filante... "un autre monde" qu’ils disaient !
Roberto Iglésias, le chef d’orchestre et ses 1000 bénévoles, voulaient depuis plusieurs années déjà (surement depuis toujours), qu’ils "jettent moins" ces "cicloturistes" débarqués en Aragon, qui mettent chaque année en péril une des plus belles épreuves Européennes de cyclosport. Cette année, en confiant à l’équipe Sudvelo / Ne jetez plus ! une mission de sensibilisation des concurrents, dès le vendredi, sur un stand du village de départ, puis sur le vélo au cœur des pelotons, il avait pris le taureau de la prévention par les cornes.
On est donc partis en ordre dispersé vers cette petite ville du nord de l’Espagne, dans l’Alto Aragon, habituellement brulée de soleil à cette époque, mais cette année encore assez verte après les fortes pluies du printemps.
Arrivée du premier groupe à Sabinanigo, le vendredi matin pour monter le stand, Roberto Iglésias est là. Le grand hangar des pompiers est encore très calme, les exposants débarquent petit à petit leur matériel, tout se met en place.
L’ouverture des portes est prévue à 16h. Camille, qui sera "de garde" du petit Louis le lendemain, jour de course, arrive de sa reconnaissance un peu avant.
Mercédes vient nous rejoindre aussi : elle sera notre interprète et nous aidera à communiquer notre message aux coureurs qui passeront nous voir : "Ne jetez plus ! No Tires Nada !". Vraiment difficile d’engager le dialogue en Espagnol pour nous, même si, lorsque chacun fait un peu d’efforts, on arrive à faire passer l’essentiel.
Mercédes donne quelques conseils à Camille qui se montre le plus à l’aise dans la langue locale : il finit même par se faire interviewer pour une seconde apparition "médiatique" du tiiiim dans le week end, puisque Didi avait lui aussi du répondre aux questions de la TV locale à son arrivée, la veille.
Ouverture des portes, la foule se presse pour le retrait des dossards. 9500 engagés pour les 2 parcours confondus (8000 Quebrantahuesos + 1500 Treparisco), ça vous déplace de l’air... Heureusement car la température monte sous les spots.
on prend en photo notre panneau "expo" !!!
18h30 : arrivée des stars du jour : Xavier, Christophe et Laurenzo... puis (encore plus fort ;-) Tony Rominger, à qui est dédiée cette édition, accompagné d’Abraham Olano, Fernando Escartin et Joseba Beloki débarquent dans le grand hall, sous les objectifs des photographes. C’est assez fou l’engouement que suscite leur arrivée. Le speaker en fait beaucoup aussi, la sono est assez forte : l’évènement est créé. Aussi sec nous voila projeté sur le podium, aux cotés des idoles de la fin du 20eme - début 21eme siècle ;-), Camille se chargeant de remettre son maillot "No Tires Nada !" à Roberto Iglésias devant un public conséquent.

A la descente du podium on s’attarde en coulisse pour poser autour des champions, disponibles et souriants : un moment sympa que n’oublieront surement pas ceux qui l’ont vécu !!
La démo du champion du monde de cyclisme Acrobatique a lieu en parallèle : ça faisait des années que je n’avais plus vu ça !!! et dire qu’il n’arrive pas à vivre de ce sport, entre l’exploit et le numéro de cirque, très spectaculaire !
Après ces quelques émotions la troupe de sudamis se renforce encore avec l’arrivée du Jo’s bus et du M.A.N.U.’s car.
Pierre Gadiou de la Patrouille Eco-Cyclo arrive a son tour. Quelques minutes encore et on plie la boutique, 20h, l’heure d’aller préparer la course de demain au fond d’un bon lit douillet.

La préparation cévennole se fait à la bière et au vin rouge du Pic St Loup. Rien ne manque pour un dernier et soigneux affutage. Boules quies au fond du conduit, on se prépare une courte nuit, plutôt agitée, mais pas pire que celle de l’an dernier sur l’EDT :-) Derniers réglages des mécaniques. Je trouve une soudaine motivation et je pose mon 34 dents sur mon pédalier, en prévision de Marie Blanque. A ce moment là, j’ai encore espoir de retrouver le grain de folie qui chaque fois me pousse à faire les longs parcours alors que mes jambes s’arrêtent en général à la moitié des petits...
4h de "sommeil" a tout casser et nous voila sur nos vélos, à 6h45 sur le stand.
Le calme avant la tempête. Les premières lignes ont désertes, Roberto nous y accompagne. J’ai beaucoup aimé ce moment !! à suivre ce Monsieur si calme, si jovial, convivial, détendu, agréable... dans un moment où tout s’excite autour de cette ligne de départ. Il nous "met en place" dans le premier sas, pour quelques photos, pour marquer un coup médiatique important pour la suite de l’épreuve. à 7h15 arrivent les stars d’hier (Escartin, Olano, Beloki à vélo, Rominger à pieds, il ne disputera pas l’épreuve), et avec eux une bonne troupe de photographes...
étonnant d’assister à ça, de là. Projetés tout à coup au coeur de "l’évènement". A coté d’eux, nous sommes tout à coup des petites souris invisibles, transparentes : tous les objectifs sont tournés vers ce petit groupe qui répond à diverses sollicitations, dans un bruit ahurissant d’hélico et de moteurs, de sirènes et de bips des chronos officiels, des sifflets des agents de la guardia civile...
Je ne savais pas que ça se passerait comme ça : je devais faire les photos puis me retirer pour prendre le départ du petit parcours, 30’ plus tard... et finalement, je n’ai pas pu bouger d’ici. Un peu comme pétrifié, j’ai attendu le coup de pistolet du départ... qui n’est pas venu. Roberto a juste levé la main et dit "Vamos" : et on est partis.
Le rêve a changé brutalement de rythme quand Francky a pris la tête du peloton de 8000. Il avait entendu dire que ça partait vite... alors il est parti vite, pour préparer le terrain à Didi, champion des pancartes d’entrée de village... et celle la encore il va nous la faire !!!
Après ce tour de ville débridé, où les spectateurs sont déjà très présents, on file vers le col de Somport par de grands faux plats avalés à vive allure. Je décroche des groupes les uns après les autres, j’ai grillé toutes mes cartouches à vouloir rester devant dans les 5 premiers km. Pas très grave, avec la forme que j’ai là, sauf miracle, ça sent un peu le sapin pour moi...
Pour d’autres, ça sent le carbone : notre Goldorack national a subit une chute collective, à la sortie d’un tunnel en légère descente, à quelques km de Camfranc avant l’attaque des choses sérieuses dans le Sompor. Course terminée pour lui, pour raisons techniques, et pour moi, pour... lui tenir compagnie... J’aurais surement fini, mais il me restait encore 8h de vélo minimum, et je sais à quel point c’est long, quand on a des jambes en carton.
Le reste de la course, du parcours, je ne peux donc pas en parler... mon retour à vélo de Camfranc m’a permis de faire la connaissance d’un coureur de Barcelone, ou Cadaques, super sympa avec qui on a papoté quelques minutes.
Arrivée sur Sabinanigo, on n’attend pas bien longtemps avant que nos vaillants coureurs du Treparisco (petit parcours) n’arrivent : Jybe, Mumu, Carine et bientôt Bernadette viennent nous rejoindre. Cerveza San Miguel à volonté : le feu tombe du ciel, l’ambiance est détendue, Goldo ronge un peu son frein...
et puis voila les premiers du grand parcours...2 jeunes pro ouvrent le bal, puis un troisième passe la ligne un peu plus tard. Un groupe conséquent (une 12aine) arrive ensuite, avec notre ContaDub national !! Sensation énorme de le voir se "déchirer" pour ce sprint pour la 4ème place !!! il fini 8ème.

Puis arrivent Manu Jr, José, Looo, Manu3, Alex, Laurenzo, Xabi, Francis, Christophe, Allende et enfin Serge, vaillant 4240eme sur plus de 8100 inscrits !!!
Et juste, là, comme une parenthèse, je me dis que cette équipe est magnifique !!!
Quelques instants à partager une bière sur la zone d’arrivée...
Après une douche rapide on reviendra le soir à Sabinanigo, pour partager le repas d’après course avec les bénévoles. Malgré la fatigue accumulée dans la journée, tous les coureurs seront là pour cette fête avec ceux qui ont construit cette épreuve. Roberto Iglesias remettra des prix à certains bénévoles parmi les 400 présents pour cet excellent repas. Nous aurons nous aussi un présent, pour notre action tout au long du week end.
Il est difficile de décrire précisément pour ceux qui n’y étaient pas, l’ambiance, l’excitation, le bonheur que fut pour nous ce week end à Sabinanigo. On a pensé à ceux qui n’avaient pas pu venir (Canon, Pipo, Jéjé et les autres)... vous auriez adoré. Il est par contre assez simple de dire que si tout s’est aussi bien passé (hormis la chutte de fkt et Looo) c’est grâce à la gentillesse, la disponibilité, la compétence de l’équipe organisatrice, qui était en tout point remarquable... aucun grain de sable n’a pu enrayer notre week end, et chacun a bien conscience que c’est une expérience assez rare.
Merci donc en particulier à Roberto et sa femme, à Mercédes, et à Maria, qui nous ont permis de vivre un week end inoubliable.
Tout le monde maintenant sait prononcer Quebrantahuesos chez nous... et sait que c’est une drôle d’oiseau...